Démoniak, Chapitre 7

Salut, donc septième chapitre du RP, j'espère que vous apprécierez.
 
Démoniak, Chapitre 7
Démoniak, Chapitre 7

Il observait le ciel sombre où la lune à moitié pleine, voilée par des nuages gris, éclairait faiblement les rues plongées dans la pénombre de la bourgade de Frigost. Pourtant, il ne faisait pas encore nuit, la ville était déserte, seuls quelques mendiants et Chachachovages traversaient les allées discrètement et rapidement, comme effrayés par une menace invisible. De toute évidence, le mal prenait de l'ampleur... Même le ciel pleurait la mort des innocents. Harebourg baissa la tête, dissimulée par une cagoule. Son grand chapeau de Xélor caché dans son manteau, il traversa l'allée principale de la bourgade et s'arrêta devant la statue de Missiz Frizz. L'édifice en pierre était encadré de bandes jaunes et noires et le sol, en dessous de la lame de l'épée aiguille était encore tâché de sang sombre, en partie effacé par la neige.
Avant, c'était lui, le Comte Harebourg, qui avait eu droit à une effigie. Il se souvenait comment les Frigostiens l'avaient rejeté, lors de la glaciation. Il s'était alors enfermé dans son propre château, fou de colère et de chagrin dû à la perte de sa famille, morte gelée alors qu'ils s'apprêtaient à lui rendre visite. Il y repensa, à ce moment si difficile.

«Jiva m'avait aidé, l'idée lui semblait bonne. Mais jamais un seul instant elle n'avait songé au confort des habitants de Frigost, tout ce qui lui importait, c'était de remporter une victoire sur Djaul... Cinq brillants maîtres m'avaient rejoint, j'aimais tout particulièrement Hazieff, Nileza et Missiz. Cette dernière, malgré son coté cruel avait subi tant d'épreuves... Quant à Klime et Sylargh, même si ils m'étaient utiles, je m'en méfiais. L'un était un manipulateur qui n'agissait que dans son propre intérêt et l'autre un gamin hystérique... Notre projet avançait bien, je me rapprochais de Missiz, l'histoire avec son mari infidèle m'avait particulièrement touché, ainsi que son ½il givré. Je n'oubliais évidemment pas ma femme et mes deux enfants, les lumières de ma vie, qui me permettaient d'avancer. Ils avaient confiance en moi. Tous, avaient confiance en moi. »
 
Harebourg se détourna de la statue, le c½ur sombre. D'un pas lent, il se dirigea vers le port de Givre, autrefois chaleureux. Il traversa rapidement les rues désertes et déjà bien moins entretenues, il se dirigeait vers une maison au toit voûté. La peinture bleu pâle s'écaillait sur le bois de la porte et une lumière chaleureuse brillait à travers la fenêtre carrée aux rideaux gris.
Le comte frappa trois grand coups, il vit un pan de rideau se soulever légèrement, et des bruits de pas.
 
«  Jiva, après avoir donné son approbation m'a dit qu'elle m'aiderait. Elle me fournirait la source d'énergie qui alimenterait la Clepsydre, ma merveilleuse machine permettant de modifier le mois de Descendre lui-même. Tout était prêt. Les maîtres Artisans et moi étions si fiers ! Nous attendions la venue de Jiva ! La protectrice de Javian descendit à notre rencontre, j'exultais de joie à l'idée d'avoir réussi, ainsi qu'à celle de revoir ma famille qui était en chemin, chevauchant à dos de Dragodinde vers mon château, le Zaap étant hors service »
 
Il y eut un bruit métallique, le verrou cliqueta, la porte en bois s'ouvrit lentement, branlante.
 
« Jiva nous est apparue, elle était magnifique dans sa robe de soie blanche. Sa peau bleu clair semblait rayonner de lumière, elle tenait entre ses mains un objet glacé et ovale. Mon c½ur bondit d'excitation, tandis que Klime murmurait, abasourdi. La protectrice de Javian tenait un Dofus ! Elle me le tendit avec un sourire, j'étais comme hypnotisé. Elle m'ordonna de l'installer dans la machine, ce que je fis sans hésiter. Les contrées enneigées et glaciales devinrent soudain plus chaudes, la neige fondit, la verdure envahit de nouveau les lieux, c'était si beau, si surréaliste ! Jiva s'en est allée, nous laissant seul. Du sommet de ma tour, tandis que mes artisans rejoignaient leurs quartiers, je me penchais et pu apercevoir ma famille : ma femme et mes deux enfants, qui tenaient leurs deux Dragodindes Turquoises par la bride, les enfants me faisaient de grands signes, je voyais le sourire éclatant de ma femme, tout était parfait... Et tout bascula. »
 
Un homme apparut dans l'embrasure. Il dévisagea lentement Harebourg et regarda à droite et à gauche, dans la rue. Il invita le Comte à entrer avec un bref signe de la main, et referma.
 
« Un éclair déchira le silence et frappa non loin de ma tour. Le ciel bleu se colora d'un pourpre malsain, tandis qu'un vent puissant se levait , faisant voleter ma cape, et sous mes yeux médusés, il y eu comme une déchirure dans l'air. Un faille s'ouvrit et une créature maléfique en sortit, s'extirpant de son propre monde.
Djaul en personne se trouvait devant moi.
Sa voix puissante sembla me percuter et me força à reculer. Sa force était impressionnante.
Toi, Harebourg, tu as osé trahir l'équilibre de ce monde, tu as voulu modifier le cours du temps, et supprimer mon mois. Ta sentence sera terrible, au lieu de ne vivre le froid et la glace seulement pendant trente jour par an, vous, Frigostiens, la vivraient pour l'éternité ! Que la glace et le blizzard recouvrent votre île en châtiment à ta folie !
Il disparut dans un craquement et le sol se mit à trembler. Un souffle glacial balaya soudainement l'île, je fus projeté contre la porte menant à l'intérieur de ma tour. Elle se fracassa sous mon poids, je heurtai le mur, le choc m'assomma. »

Il s'assit à la place qu'indiquait l'homme, autour d'une table ronde encombrée, recouverte de manuscrits rouges à la reliure poussiéreuse, de divers parchemins jaunis et d'un verre d'hydromel à moitié vide. Sans un mot, le propriétaire des lieux installa un verre devant le Comte et le remplit jusqu'à la moitié. Harebourg fixait le liquide ambré.

« Ce fut une secousse qui me réveilla. Missiz me fixait et secouait encore mon épaule. Je me redressai d'un coup, l'angoisse m'étreignit.
Que s'est-il passé !?
Le froid a recouvert Frigost... Cela fait deux jours que tu dors, le choc a été sourd et tu as eu une commotion cérébrale. Cependant nous avons réussi à te soigner et le cerveau ne semble pas atteint. Mais tu dois te reposer, sinon tu vas avoir très mal au crâne.
Ma famille ? demandai-je, ignorant ses paroles.
Elle ne répondit pas, son ½il bleu me fixait avec tristesse. Elle posa une main douce sur mon bras.
Je suis désolée, ils n'ont pas...
Non !
Je me redressai immédiatement et la repoussai avec force. Je courus à travers les couloirs sombres, éclairés d'une simple torche tous les deux mètres, de mon château. Une violente douleur s'éveilla dans ma tête mais je n'y pris pas garde.
Je sortis par la porte principale. La lumière du jour m'éblouit. Je me couvris les yeux des mains et aperçus trois silhouettes, quelques mètres devant moi. La neige tourbillonnante couplée au soleil m'empêchaient de bien voir, mais mon c½ur s'emplit de joie. Missiz s'était trompée ! Ils allaient bien.
Je m'approchai suffisamment, quand l'horreur m'étreignit. J'avais faux, elle avait raison. Ma femme et mes deux fils étaient figés dans la glace. Elle recouvrait totalement leur corps et laissait leur expression de pure horreur marquer leur visage pour l'éternité.
Tout sembla s'écrouler autour de moi, je sentis la fureur envahir mes veines. La neige fondit autour de moi, le vent fut repoussé, et ma famille, dont le corps n'était plus gelé, heurta le sol avec un bruit sourd. Je les pris dans mes bras, des larmes coulaient de mes yeux.
Des larmes.
Je hurlai mon chagrin et ma colère. Djaul... Jiva.... ILS PAIERAIENT POUR LEUR TRAHISON !!!
Je perdis le contrôle. Ma rage explosa, les corps de ma femme et de mes fils disparurent en un nuage de paillettes d'or et de poussière. Folie. Colère. Je suis... Harebourg.... Et j'aurais.... MA VENGEANCE !
Il y eut un éclair de lumière devant mes yeux et je tombai contre le sol, évanoui. Depuis, on songeait à moi avec un mélange de colère et de terreur. Êtes vous stupide ? Voulez-vous faire face à la Folie du Comte maudit ? Pensez-vous me vaincre ? Moi ? Le plus puissant des Xélors ? Venez-donc m'affronter, et périssez. Songez à moi comme le traître qui a détruit Frigost, comme le Démon, esclave des dieux et craignez ma puissance. Quiconque osera me défier sera tué. Oui... tué. AHAHAHAHAH.

- Cela faisait longtemps dit l'homme d'une voix rauque, en buvant une gorgée d'hydromel.
Harebourg sortit de sa torpeur et observa le visage de son interlocuteur. Hazieff montrait rarement son visage. Il était peu probable que Klime ou un autre ex-lieutenant le reconnaisse en le voyant.
Contrairement aux autres, Taroun avait vieillit. Autrefois de corpulence assez élevée, il était à présent très maigre. Ses cheveux noirs avaient disparus, remplacés par du gris, légèrement graisseux, qui tombaient devant ses yeux bruns. Son visage était strié de rides plus ou moins marquées, et ses lèvres sans couleur tremblaient légèrement.
- Tu as toujours refusé d'être immortel, déclara Harebourg. Mais même si le temps passe et que ton corps vieillit, tu continues de vivre.
- Lorsque tu es mort, j'ai attendu avec impatience le moment où je serais réduit en poussière. J'en ai assez de vivre, cela fait bien trop longtemps... Mais je comprends mieux pourquoi je suis toujours là. Tu es toujours vivant, en réalité.
- Depuis quelques heures, seulement. Une machine m'a rendu la vie, aussi incroyable que cela puisse paraître.
- Pourquoi es-tu venu me retrouver ? demanda le Géologue en terminant son verre, et en se resservant de l'hydromel.
- Je suis venu pour deux raisons. La première, est que j'ai besoin de renseignements à propos de Sylargh et Nileza. La seconde, est que je dois te prévenir. Je vais t'expliquer mon plan.
Hazieff leva un sourcil.
- Très bien. Que veux-tu savoir à propos de ces deux-là ?
- Tout. Absolument tout.
Démoniak, Chapitre 7

 
Le bruit de tambour se rapprochait. Le jeune Osamodas ferma les yeux et se concentra. Il devait tenir le pont un maximum de temps. « les fantômes ne sont vulnérables que lorsqu'ils attaquent ».
Casper se remémora les paroles de Patawaii, le Grandapan. Il le savait non loin de lui, aux abords de Feudala, embusqué avec les autres guerriers, dont les disciples.
Il entendait le froissement d'étoffe, la musique proche. Les fantômes arrivaient.
Il ouvrit les yeux. En face de lui, à environ dix mètres, le premier monstre apparut. Casper savait qu'il y en avait des dizaines d'autres derrière lui, mais l'avantage de ce pont était que les adversaires ne pourraient s'avancer qu'un à un.
Le monstre en tête de file était un Yokaï Firefoux. Sa forme bleutée se voyait parfaitement à travers la brume des marécages. Il montra les crocs, l'air menaçant, gronda, et fondit sur Casper.
Le Yokaï avançait à une vitesse terrifiante, il bondit les trois derniers mètres et atterrit à l'endroit précis où se trouvait le fils d'Osamodas, quelques secondes auparavant. Le guerrier avait roulé sur le coté. Il lança un couteau qui traversa le fantôme qui se retourna, balançant ses griffes vers son ennemi. Casper esquiva au dernier moment et en profita. Il abattit son marteau de toutes ses forces sur le bras musculeux de son adversaire. Ce dernier hurla de douleur tandis qu'un craquement sinistre retentissait. Il attaque de nouveau, plongeant cette fois sa mâchoire aux crocs effilés vers la gorge du fils d'Osamodas qui esquiva et planta sa lame dans le cerveau du monstre qui s'écroula en émettant un léger gargouillis.
Casper retira la lame, éclaboussant le sol de sang gris.
Son ennemi suivant l'observait avec plus de méfiance. Il s'agissait cette fois d'un Pandikaze qui brandissait ses lames devant son visage. Il attaqua.
Casper continua de défendre le pont pendant plus d'une heure. Il devait très rapidement se débarrasser de ses adversaires, sous peine de se faire dominer mais il les vainquit un à un. Il s'épuisait peu à peu. Son marteau tremblait dans sa main droite, et son épée semblait lourde. Ses jambes le brûlaient et son souffle commençait à manquer. Il élimina un Maho avec un cri de rage, et leva aussitôt les yeux vers l'ennemi suivant. Il s'agissait d'une simple Tanuki. Cependant, curieusement, celle-ci se mit à reculer et disparut dans le brouillard épais de l'île de Grobe.
Un cri retentit soudainement, probablement d'un fantôme. Le corps de la Tanuki, disloqué, tomba au pieds du jeune guerrier. Une forme apparut soudainement. Un chapeau de paille recouvrait sa tête fantomatique. Son corps assez petit était porté par des getas immense, tandis qu'une grosse forme sombre raclait le sol.
Impossible ! Un Tanukouï San ! Ils étaient censés avoir disparu ! Le monstre releva la tête et poussa un long hurlement. Soudain, Casper ressentit une terrible douleur à la poitrine. Il fut repoussé et heurta un gros rocher derrière lequel Khyn Fernus et Patawaii se cachaient. Il sentit le goût du sang dans sa bouche et cracha au sol. Il poussa un juron et se releva, prêt à affronter ce nouvel adversaire... Mais une main se posa sur son épaule.
Casper se retourna aussitôt, et découvrit Patawaii. Le Grandapan avait tiré un long bâton à la pointe en fer de son dos et fixait la créature, fasciné.
- Ceci n'est pas ton combat, Casper Méable. Et ce monstre n'est pas n'importe quel Tanukouï San. Il s'agit du plus terrible d'entre eux, Fanburn le Viril.
- Fanburn...
- Oui, il est un Archimonstre, victime des manipulations d'Otomaï. Cela fait de lui le plus puissant monstre de nos contrées. Je ne savais pas qu'il était encore vivant.
- C'est du suicide de l'affronter seul ! Vous allez avoir besoin d'aide ! Laissez les Démons Soleil et moi-même le combattre avec vous...
- Non, déclara fermement Patawaii. Je ne survivrai pas à ce combat, mais Fanburn non plus. Nos adversaires ont vaincu au pont sud-ouest et vont nous attaquer très bientôt. Amène les guerriers, les disciples et les Démons Soleil avec toi et quittez l'île. Pandala est perdue.
- Mais...
- Ne discute pas, Casper Méable. Aie confiance en moi. Je retiendrai nos adversaires. Quant à toi, rejoins tes amis à la Montagne des Koalaks. N'utilises pas les Zaap, nos ennemis en ont sûrement pris le contrôle. Je compte sur toi. On peut encore gagner cette guerre, mais la moindre erreur nous sera fatale.
Casper hésita quelques secondes, furieux. Il ne pouvait se résigner à abandonner le vieux Pandawa seul, face au terrible monstre. Ce dernier émettait un rire fluet, et faisait apparaître des Tanuki Chan autour de lui, trois en tout. Elles se serrèrent contre leur géniteur et l'embrassèrent. Il fut entouré d'une aura rouge et bleu. Elles le renforçaient.
Patawaii observa longuement le fils d'Osamodas et prit la parole :
- Il est temps de partir, Casper Méable. Si tu restes ce n'est pas uniquement moi qui tombera, mais tous les habitants de Pandala. Es-tu prêt à subir la perte de tes amis, d'enfants et de ta fiancée ? C'est ton devoir de les guider, leur montrer le chemin. Tu as l'âme d'un meneur, accomplis ton destin, Casper Méable. Le mien est de périr ici en sauvant mon peuple. Je vais mener le plus beau combat de toute ma vie. Dans dix ans, vous continuerez de vous souvenir de cette lutte, la confrontation qui marquera l'esprit même de Pandala. Maintenant, pars ! Il est encore temps de s'enfuir et de sauver mon peuple et tes amis. L'île ne sombrera que provisoirement. Bientôt, vous la reprendrez, vaincrez nos ennemis et la paix s'installera enfin.
- Très bien, souffla Casper, vaincu. Je me souviendrai de vous, Patawaii. Et le monde entier n'oubliera jamais ce que vous avez fait pour nous. Nous n'oublierons ni votre flamme, ni votre combat. Le duel des légendes marquera les esprits, et l'encre coulera pour raconter votre lutte.
Sur ces paroles, Casper se tourna vers les Pandawas armés de lances, d'arcs et de bâtons, vers les disciples au visage fermé, ainsi que les Démons Soleil un peu à l'écart et surtout, vers Carmen, entourée de Thomas Rave et d'Erin Océross.
- Il est temps de partir dit-il. Nous devons immédiatement quitter Pandala, l'île est perdue.
Pawai interrogea le Grandapan du regard et ce dernier acquiesça lentement. Les Pandawas portèrent le poing au c½ur, dernier hommage pour leur maître puis se retournèrent comme un seul homme. Casper prit la tête du groupe et en brandissant son marteau, leur montra la voie.
Démoniak, Chapitre 7

Ce n'est que lorsque le dernier homme eut disparu et que seul un léger nuage de poussière laissait deviner la présence de centaines de guerriers, que Patawaii se retourna, défiant Fanburn du regard.
Le monstre n'avait pas bougé, il attendait patiemment. Bien que confiant en sa force, il savait que le combat face au vieux Pandawa serait haletant.
Le Grandapan songea avec ironie aux paroles de Casper.
« Je me souviendrai de vous, Patawaii. Et le monde entier n'oubliera jamais ce que vous avez fait pour nous. Nous n'oublierons ni votre flamme, ni votre combat. Le duel des légendes marquera les esprits, et l'encre coulera pour raconter votre lutte. »
Les récits seraient bien évidemment faussés. Personne, en dehors des fantômes n'assisterait au combat, au « duel des légendes » comme le disait si bien le fils d'Osamodas. Les textes ne feraient qu'enjoliver des détails déjà fictifs mais au fond de lui, Patawaii était reconnaissant. On se souviendrait de lui.
Patawaii respira lentement. Il attendait que son adversaire vienne à lui. Appuyé sur son bâton, sa barbe voletant légèrement au grès du vent humide de Pandala, il ferma les yeux. Il entendait les battements réguliers de son propre c½ur, le froissement d'une feuille, l'écureuil curieux qui grignotait un gland tout en les observant. Fanburn se mit enfin en mouvement, Patawaii le sentait. Les pas lourds de la créature faisaient vibrer le sol caillouteux des abords de Feudala.
Cinq mètres.
Fanburn atteindrait bientôt l'extrémité du pont, ses abominables Tanuki sur ses talons. Patawaii continuait de respirer profondément. Le calme envahit son corps, il se sentait prêt.
Trois mètres.
Il laissa ses mains glisser sur le bâton, savourant le contact du bambou lisse. Ses jambes se placèrent presque automatiquement en position de défense, son Solomonk glissa légèrement, recouvrant partiellement son front.
Un mètre.
Fanburn s'arrêta. Un sourire cruel étira sa bouche, dévoilant ses babines aux crocs acérés, de la bave coula sur son menton, son museau se fronça, humant l'air chaud. Il se prépara à bondir, pliant légèrement les genoux, enfonçant ses getas dans le sol, levant ses bras devant lui. Et il sauta sur Patawaii.
Au moment où ses griffes tranchantes allaient déchirer le corps du vieillard, ce dernier bondit sur le coté, ouvrant les yeux. Il flanqua un coup de bâton dans les côtes de son adversaire et son pied chaussé, tout comme Fanburn, d'une geta, heurta la mâchoire du monstre qui émit un glapissement de douleur et fut propulsé contre un arbre. Des morceaux d'écorces volèrent dans tous les sens. Patawaii se tourna vers les Tanuki. Elles grondèrent de fureur et bondirent également. Le vieux Pandawa écarta les jambes et fit tournoyer son bâton autour de lui. La lame trancha la gorge des trois invocations qui disparurent en laissant un nuage de fumée.
Fanburn s'était relevé. Il courut maladroitement vers Patawaii tandis que des Tanuki apparaissaient autour de lui, le couvrant de baiser et augmentant sa résistance et sa vitesse. Il fondit sur sa proie, le Grandapan esquiva de nouveau mais cette fois l'Archimonstre s'était préparé. Il balança un coup de griffe qui atteignit son ennemi à l'épaule. Des gouttes de sang éclaboussèrent le sol et un bambou tordu.
Patawaii retomba à genoux avec une grimace de douleur mais n'émit aucune plainte. La foule de Tanuki qui entourait Fanburn grossissait à vue d'½il, elles étaient plus d'une dizaine et continuaient de couvrir leur invocateur de baisers. L'Archimonstre poussa un rugissement, il semblait invulnérable, un bouclier multicolore se discernait autour de sa peau. Patawaii devait à tout prix s'occuper des invocations. Il savait que le monstre en avait invoqué un maximum. Le Grandapan devait se servir de ses propres atouts. Il ne devait pas tuer les Tanuki, sinon, Fanburn les ramènerait aussitôt à la vie. Non, il fallait les occuper, la protection fournie au monstre ne dureraient que quelques minutes. Patawaii devait éloigner le maître et ses invocations.
Le Grandapan fit appel à sa puissante magie pour faire apparaître Pawada, son fidèle Pandawasta. La créature ressemblait beaucoup à un Pandawa. En réalité, il s'agissait d'un simple Panda. En effet, il ne possédait pas des facultés humaines mais animales. Cependant, ses vêtements difformes, son Solomonk et son énorme sac sur le dos le faisaient ressembler à un Pandawa quelconque, un peu vieux.
- Occupe les Tanuki chuchota le Grandapan à l'oreille de Pawada. Ne te fais pas tuer, tu dois les occuper un maximum de temps afin que je puisse en profiter pour tuer Fanburn.
Le Pandawasta le fixa d'un regard intense quelques secondes, les yeux luisants puis hocha légèrement la tête. Il avait compris.
Il resta à coté de son maître. Il savait quand agir.
Fanburn gronda de nouveau, fixant avec délice le sang frais qui coulait de l'épaule de Patawaii et s'élança de nouveau. Le Grandapan se mit également à courir, Fanburn sur ses talons. Pawada en profita pour détourner l'attention des invocations. Il se mit à quatre pattes et galopa, poursuivi par les dix Tanuki qui hurlaient.
Le plan de Patawaii avait réussi mais le plus compliqué restait à faire. Il devait attirer Fanburn très loin de ses créatures, et se cacher le temps que les sorts de protection se dissipent. Ensuite il devrait rapidement en finir avec l'Archimonstre, en effet, un long combat lui serait fatal. Sa vieillesse couplée à sa vieille blessure à la jambe qui risquait de le trahir à tout instant l'empêchait de mener des combats longs, comme dans son passé.
Il traversait la forêt de Pandala, en direction du Pichon Frétillant à toute vitesse. En effet, il comptait se servir des arbres pour se cacher. Il entendait la respiration lourde et haletante de Fanburn, sur ses talons. Malgré la fatigue qui commençait déjà à le saisir et l'engourdissement de ses jambes, Patawaii ne faiblit pas. Il ne prit pas garde aux racines qui le faisaient légèrement trébucher ni aux branches qui lui giflaient le visage, laissant de petites estafilades sanglantes qui tachaient ses poils blancs. Après cinq minutes de course acharnée, le souffle court, il s'arrêta derrière un arbre. Il n'entendait plus Fanburn mais le savait proche. Le monstre s'était mis en chasse et ne comptait pas lâcher sa proie. La faune habituelle de la forêt, des bulbes aux cooleuvres avait disparue. L'Archimonstre et le Grandapan étaient seuls.
Essoufflé, Patawaii se laissa choir, dos à l'arbre épais, et se mit à réfléchir.
Comment pouvait-il vaincre Fanburn rapidement ? Il devait lui porter un coup au c½ur, mais par quel moyen ? Ce serait extrêmement complexe de rompre la défense de la créature, du moins, sans prendre de risque. Mais il sentait que ce combat était son dernier. Il allait transpercer le c½ur du monstre, même si il devait y laisser sa vie.
La protection appliquée par les Tanuki avait dû disparaître à présent. Patawaii espérait que Pawada continuait d'occuper les invocations et qu'il continuait de fuir. Si le Pandawasta se faisait tuer et que les Tanuki parvenaient à retrouver la trace de leur maître, alors jamais le Grandapan ne l'emporterait.
Un craquement sur sa gauche le fit sursauter. Il sauta sur ses pieds, sans faire le moindre bruit. Le monstre était proche. De nouveau, il ferma les yeux et inspira profondément. Il écoutait encore.
Il se baissa subitement tandis que le tronc derrière lequel il était caché volait en éclats. Des morceaux de bois volèrent de partout et il roula sur le sol pour éviter Fanburn qui s'était jeté sur lui. Sans un mot, Patawaii lança une flasque explosive sur le monstre qui hurla de douleur et fou de rage, se jeta sur son ennemi.
Le Grandapan esquiva de nouveau et fit virevolter son bâton. La lame toucha le monstre qui poussa un hurlement de souffrance. Sa queue avait été coupée. Elle toucha le sol couvert de mousse et de feuilles tandis que le sang gris giclait, tachant les alentours. De nouveau, Patawaii s'apprêta à recevoir un assaut du monstre qui semblait fou de colère. Une violente douleur traversa soudain la jambe gauche du Pandawa qui tomba à genoux avec un gémissement. Non, pas maintenant !
Fanburn en profita et se jeta sur Patawaii. Ce dernier tenta maladroitement d'esquiver, ce qui lui sauva la vie, malheureusement, les mâchoires du monstre se refermèrent sur son bras droit avec une force étonnante. Le sang gicla, tachant la truffe de la créature, le visage et les vêtements de Patawaii qui cria de douleur et lâcha son bâton.
Il fouilla dans sa ceinture avec sa main libre et saisit une petite hache. Il l'abattit sur le museau de Fanburn qui cependant, refusa de lâcher prise. La créature balança un coup de griffe pour désarmer le Pandawa et la hache alla se ficher dans un arbre proche.
Fanburn tira subitement en arrière et Patawaii hurla de nouveau. Il y eut un craquement sinistre, et sur une nouvelle poussée, l'Archimonstre arracha l'avant-bras du Grandapan qui en eut le souffle coupé tandis que le sang giclait.
Il se servit d'un tissu pour empêcher le sang de trop couler, mais l'étoffe fut bientôt poisseuse. Il ramassa le bâton de sa main restante et se mit à courir en dehors de la forêt.
Il avait sous-estimé la puissance de Fanburn et commit une erreur terrible. Il était certain de ne pas survivre à la blessure si il ne recevait pas immédiatement des soins, hors, il était seul. Il devait absolument en finir au plus vite.
Il déboucha sur une clairière ovale. À environ sept mètres devant lui, de nouveaux arbres se dressaient. Un lieu parfait pour en finir...
Fanburn débarqua à son tour et trouva Patawaii au centre de la clairière. Il sourit en voyant l'état du Pandawa. Jamais il n'allait survivre alors que lui-même ne souffrait que de quelques blessures sans importance.
- Fanburn le Viril, je dois avouer que tu es bien plus puissant que je ne le pensais. Cependant il est temps de finir notre lutte. Même si je dois mourir pour t'éliminer, je le ferai, mais jamais plus tu ne foulera le sol de Pandala.
Le monstre éclata de rire, moqueur.
Cette fois, ce fut Patawaii qui attaqua. Ce fut fulgurant, il franchit les quelques mètres qui le séparaient de la créature très rapidement et bondit. Fanburn également. Le bâton tournoya dans la main du Grandapan et perça l'épaule droite du Tanukoui San qui n'y pris pas garde et qui de nouveau, plongea ses crocs dans la chair du Pandawa. Cette fois, ils se refermèrent sur la poitrine et le dos. Il sentit ses dents buter contre l'os. Dans un ultime effort, Patawaii le repoussa. Fanburn allait en finir ! C'était l'occasion rêvée ! Il mordit son adversaire à la gorge, le sang jaillit encore une fois. Mais Patawaii n'avait pas fait cela pour rien. Fanburn ressentit soudain une fulgurante douleur à la poitrine. Il s'écarta de son ennemi et observa, interdit, le bâton dont la pointe s'était fichée dans son c½ur. Il sentit la vie le quitter et avec un gargouillement d'horreur et de surprise, s'écroula sur le sol, face contre terre.
Patawaii tituba devant lui, satisfait. Sa blessure à la gorge était mortelle, et de toute façon, il avait perdu bien trop de sang. Cependant il était parvenu à vaincre le terrible Archimonstre. Il tomba à genoux. Il se dit que c'était à cause de sa maudite jambe qu'il y laissait la vie, finalement. Mais pouvait-il vraiment vaincre deux Tanukoui San dont un Archimonstre sans contrepartie ? Il sourit. Et avant de mourir, sa dernière pensée alla à son peuple et à Casper. Il avait placé tous ses espoirs sur les épaules du jeune homme et savait qu'il saurait guider son peuple.
Le Grandapan s'écroula sur le corps sans vie de Fanburn, le sourire aux lèvres et mourut avec honneur, tandis que loin de la clairière, Pawada disparaissait également, rejoignant son maître et que plus loin encore, Casper conduisait le peuple des Pandawa, prêt à vaincre ses adversaires et à restaurer la paix, avec la bénédiction de Patawaii.
 

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Comments :

  • Dark-phire

    25/07/2013

    OLF-94 wrote: "Alors comme ça dans ton histoire Jiva est une méchante :p. J'aime beaucoup, oui vraiment ! J'suis triste pour lui mais bon, dans les films, lorsque quelqu'un est gelé, tu le dégèle et c'est bon xD. 

    Fanburn wow :o t'a réussi à trouvère une explication crédible concernant les Archimonstre, j'adore ! 

    Frisson ! Au moment ou j'écris ça, un frisson traversa mon dos x). Ça sert à rien de détailler, tu l'a déjà parfaitement fait durant ce combat magistral, un duel de Légende comme tu le dit ! 
    *Fonce voir si y'a moyen de soloter Fanburn avec Fun*
    *revient déçu, c'est impossible en fait xD*

    Bref super ! 
    "

    Pas méchante, je reprends ma vision du background du jeu. Pour moi Jiva n'est pas foncièrement mauvaise, mais elle ne fait ça que dans son propre intérêt et manipule complètement Harebourg !
    Les films... les films, reste congelé 24h et on voit si le lendemain t'es encore vivant xD !
    Patawaii c'est plus qu'un Panda. C'est le Grandapan. xD

    Merci :)

  • OLF-94

    25/07/2013

    Alors comme ça dans ton histoire Jiva est une méchante :p. J'aime beaucoup, oui vraiment ! J'suis triste pour lui mais bon, dans les films, lorsque quelqu'un est gelé, tu le dégèle et c'est bon xD. 

    Fanburn wow :o t'a réussi à trouvère une explication crédible concernant les Archimonstre, j'adore ! 

    Frisson ! Au moment ou j'écris ça, un frisson traversa mon dos x). Ça sert à rien de détailler, tu l'a déjà parfaitement fait durant ce combat magistral, un duel de Légende comme tu le dit ! 
    *Fonce voir si y'a moyen de soloter Fanburn avec Fun*
    *revient déçu, c'est impossible en fait xD*

    Bref super ! 

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